Tenor … du Pont, et non, de Baune !

J’ai déjà abordé cette histoire, mais je viens de terminer la lecture d’un très beau livre « La Mayenne, paradis du trot » de Pierre Joly, aux éditions Siloë, et je souhaite partager avec vous cette belle histoire que celle de Tenor de Baune. Et comme Pierre Joly le raconte mieux que moi, je préfère citer ses mots :

Tenor de Baune est un peu le « poulain du clair de lune ». Ses éleveurs, Janine et Bernard Hallopé, installés à Saint-Gemmes-d’Andigné (Maine-et-Loire), ne l’ont pas vu naître (1). Une expression familière résume l’étonnement éprouvé le 18 mai 1985 : « Colivette (2) avait mis bas dans la nuit, et son foal nous était passé sous le nez. » Ce n’est pas l’habitude de l’élevage angevin, où les naissances bénéficient de la surveillance attentive de la maîtresse de maison qui sait tout sur la manière d’aider une poulinière. Elle n’hésite pas à recoudre elle même les déchirures lorsque cela se passe mal. Mais ici, on est spécialisé dans les galopeurs et les pur-sang. Colivette constitue encore la seule exception à la règle. Désormais (3), c’est l’effet Tenor, huit poulinières de trot ont rejoint les quatorze galopeuses. Petit homme convivial et volubile, Bernard Hallopé se souvient de l’émotion qui le gagna ce matin de mai en découvrant le « p’tiot » se frottant contre les flancs de Colivette : « Je me suis dit : il est vivant. » Que sa mère et lui refusent de se laisser approcher durant toute la journée et s’enfuient rapidement fait désormais partie des souvenirs heureux.

Bernard Hallopé, à la fois « crieur » dans les ventes publiques, éleveur, négociant, appartient à la famille de ces personnages pittoresques et attachants que l’on rencontre dans l’Ouest. Disert et madré, il croit en la parole donnée, aux transactions qui se scellent par un claquement de mains comme aux temps anciens (4). Sa réputation d’excellent négociateur n’est pas surfaite et pourtant, depuis le 18 mars 1985, il se demande si en achetant Colivette à M. Albert Rayon, il n’a pas fait l’une des plus mauvaises affaires de sa vie. Le propriétaire du haras de la Coquenne sut se montrer persuasif : « Monsieur Hallopé, vous n’avez que des galopeurs, il faut absolument que je vous vende une poulinière de trotteurs. » On lui en présente une dizaine. Il hésite, mais l’éloquence d’Albert Rayon, le cadre du haras, l’impressionnent. Il choisit Colivette à cause de son géniteur : Pacha Grandchamp, un nom pour lui mythique, un « chef de race ». La vente est conclue pour 50 000 F. le retour à Saint-Gemmes n’a cependant rien de triomphal. son épouse lui dit son désaccord en termes vifs.

Le stud-book, consulté un peu tardivement, n’a rien de très rassurant. Avec deux petites victoires à Vincennes et une à Enghien remportées sous la selle dans le temps très moyen de 1’20″, la jument n’a pas laissé un souvenir impérissable. La poulinière ne réussit pas mieux. Âgée de dix-sept ans au moment de la transaction, elle n’avait réussi à mettre au monde que quatre produits vivants. Les remontrances de Janine Hallopé s’appuient sur des faits, et son mari se demande s’il n’a pas payé trop cher « cette vieille cavale » donnant si parcimonieusement la vie.

Le père du foal, Le Loir apparaît moins terne. Il enleva le Prix du Président de la République, le Prix de Normandie, cinq semi-classiques, et arracha une quatrième place dans le Prix du Cornulier.

Comme étalon, à cette époque (5), Le Loir ne signe pas son entrée au Haras par un paraphe royal. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’on lui devra Tamise du Pont : 1’17″, Taelia du Pont : 1’17″ et Uquita Bella, toujours en 1’17″… A Saint-Gemmes, Janine Hallopé a donc toutes les raisons de fulminer. Le dernier-né de Colivette et Le Loir, on l’appellera Tenor après avoir pensé à Turbo en espérant qu’un jour, comme dans la chanson d’Aznavour, son nom brillera tout en haut de l’affiche.

Si cette histoire vous intéresse, je vous invite à lire la suite dans l’excellent livre de Pierre Joly, mais je pense qu’il est inutile de vous raconter le reste de l’histoire : Tenor de Baune, après avoir terrorisé ses compagnons d’élevage (au milieu des galopeurs, il leur mordait les oreilles, agissant en chef de bande), s’est qualifié le 17 septembre 1987 à Angers en 1’24″, puis débutera le 12 mai 1988 à Argentan par une facile victoire avec 30 mètres d’avance sur le deuxième. Des victoires, Tenor de Beaune en enchaînera 30 consécutives, la trentième étant la plus belle : le Prix d’Amérique le 27 janvier 1991. 

Au total, sa courte carrière est extraordinaire : 47 courses, 33 victoires, 5 places, 1 459 547 € de gains.

(1) Non seulement ils ne l’ont pas vu naître, mais ils n’ont pas assisté à sa conception, puisque Le Loir, étalon de l’écurie Rayon a sailli Colivette, poulinière de l’élevage Rayon, au haras de la Coquenne.
(2) Avant Tenor de Baune, Colivette a produit Jalna du Pont (par Ruy Blas IV, 4589 €), Mundial (par Fruit Rose, pas couru), Quebec du Pont (par Granit, pas couru) et Sydney du Pont (par Hillion Brillouard, 24 328 €).
(3) Le livre a été écrit en 1994
(4) Albert Rayon était lui aussi un homme pour qui une poignée de main avait beaucoup plus de valeur qu’un document signé devant notaire. Malgré quelques mésaventures…, il m’a déclaré ne l’avoir jamais regretté.
(5) Outre Tenor de Baune, Le Loir a finalement produit, de 1985 à 1999 : Anita de la Vallée (842 365 €), Filou de la Grille (495 247 €), Ubu la Garenne (361 565 €) ainsi que 17 autres produits ayant gagnés tous plus de 170 000 €.

Tenor de Beaune 2

Tenor de Beaune

 

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